Enseigner ?

Qu’est-ce qu’enseigner? Qu’est-ce qu’un enseignant? Qu’est-ce que l’enseignement?

Autant de questions auxquelles vous trouverez des éléments de réponse dans cette section …

Peut-on donner simplement et rapidement une définition d’ENSEIGNER?

Il est clair que si des gens ont consacré et consacrent encore leur vie à étudier l’enseignement et, plus largement, l’éducation, ce serait terriblement réducteur d’en résumer les termes en quelques mots ou quelques lignes tout au plus.

Il est, à avis, bien plus constructeur et humble, d’éclairer une facette de cette notion par un spot, en sachant que tel un diamant, l’enseignement reste bien plus large que cela.

Les différentes articles de cette section en sont quelques facettes, mais ne couvrent de loin pas toutes le diamant.

Enseigner, c’est apprendre et faire apprendre

Qu’enseigner soit faire apprendre paraît normal, mais en quoi enseigner serait apprendre soi-même ?

Apprendre et faire apprendre, tels sont 2 pôles de l’enseignement.

Apprendre tout d’abord …Ce n’est pas parce que l’on a un diplôme de la HEP ou de quelque école pédagogique que l’on est l’enseignant parfaitement formé, apte à faire face à toute situation et pouvant enseigner à la perfection toute compétence dans toute la matière. Toute situation dans lavie est une possibilité d’apprentissage. Et l’école n’est de loin pas le seul endroit où l’on apprend. Partir à l’étranger pour la première fois engendrera toute une série d’apprentissages, plus ou moins aisés ou rocambolesques. Se lancer dans un nouveau sport, apprendre un nouvel instrument de musique engendreront autant d’autres défis menant à des apprentissages.

L’école même est une situation d’apprentissage pour chacun, y compris pour les adultes en général et les enseignants en particulier. Chaque enfant – élève – n’est pas un récipient vide qu’il faut remplir de bonnes choses ou de bonnes compétences.  Il est avant tout une personne complète, originale, riche de capacités et enseignant en puissance. Chaque situation de classe, de groupe, chaque difficulté rencontrée permet à un trésor de montrer une de ses facettes, et aux pairs ainsi qu’à l’enseignant d’apprendre tantôt une nouvelle technique, tantôt une piste détournée mais néanmoins intéressante, parfois encore une donnée inconnue. Etre en classe, c’est apprendre … et l’enseignant est dans la même classe que l’élève.

Ensuite bien sûr, l’enseignant mène la danse, l’apprentissage. Un de ses buts fondamentaux est de mener des temps d’apprentissage, de construire des planifications qui permettront aux élèves de perfectionner leurs connaissances, leurs savoir-faire et de se développer petit à petit.

Nous sommes tous, dans une certaine mesure, des élèves de la vie, apprenant jour après jour à faire face à des situations plus ou moins complexes, faisant appel à des pré-requis acquis il y a plus ou moins longtemps.

Enseigner, c’est partir du réel

La réalité, qu’est-ce ? Un terreau, un élément à prendre en compte malgré soi, un gros problème pour les programmes? 

Trop souvent, j’ai suivi – et terminé – mon programme en arrivant en fin de journée … mais à quel prix ? Combien de frustrations, de “y a ka” ou de “y faut”, de pressing et de fatigue pour arriver à terminer ce que, dans son bureau, l’enseignant avait mis au programme de la journée.

Pour tenir à long terme et tout simplement pour vivre, l’enseignant doit prendre en compte la réalité de chaque journée. La sienne et celle de ses élèves. Un jour, quelqu’un aura mal dormi, sera un peu malade, aura appris une triste nouvelle, sortira d’une dispute avec un membre de sa famille ou un ami … tant de situations particulières qui affectent partiellement ou totalement la journée. Et puis, il y a les jour “avec et les jours “sans”, les veilles de vacances, les lundis matin, les vendredis après-midi, … et tant d’autres jours qui sont différents. 

Enseigner, c’est bien sûr planifier ses cours sur une journée, une semaine, une année scolaire … mais c’est aussi adapter la nécessité du papier à la réalité de la vie de classe … sans quoi, l’enseignement sera une technique, morte, et l’on sera passé à côté de la vie qu’apporte la relation.

Enseigner, c’est (se) donner

Donner, donner et encore donner … si c’était un secret de l’enseignant?

Si l’on compte toutes les fois, dans une journée ou une semaine, où l’on donne, l’enseignant ne serait-il pas d’abord un donneur professionnel … Je ne parle pas de donneur de leçons, au sens propre comme au figuré, de donneur de sang ou de donneur d’organe.

Enseigner, n’est-ce pas se donner tout d’abord ? Se “perdre” pour que nos élèves se “gagnent” … tout donner pour qu’ils croissent, grandissent, apprennent à vivre ?

Je lisais récemment un excellent ouvrage relatant la création et la survie des classes protestantes dans le pays de la Beauce1 : les enseignants donnaient tout et ne gagnaient presque rien en échange. Il n’était pas rares qu’ils meurent avant 30 ans, d’épuisement et de manques de toute sorte … Ce qu’ils avaient, ils l’avaient donner : leur personne, leur vie d’abord, ce qu’ils pouvaient transmettre ensuite.

Le secret de donner, c’est de ne rien attendre en retour. Bien sûr qu’on aimerait que nos élèves avancent dans la vie, qu’ils réussissent, … et peut-être, certaines fois, qu’ils se souviennent de nous. Pourtant, si l’on donne pour ces buts-là – ou n’importe quels autres – nous finirons tôt au tard par nous sentir floués, volés, et par voie de conséquence par être amers et avares.

Nos vacances sont-elles “sacrées” ou acceptons-nous que nos élèves nous demandent de l’aide, y compris pendant ces périodes de repos ? Nos horaires sont-ils, tels ceux de secrétaires ou de fonctionnaires, limités de 8h à 16h00, ou sommes nous également disponibles lorsque c’est nécessaire (et non pas pour répondre à n’importe quelle demande abusive) en dehors de nos heures de présence obligatoire à l’école ? Donnons-nous seulement nos cours, en évitant d’être “dérangés” par ce qui fait la vie de nos élèves ou sommes-nous prêts également à nous impliquer pour les écouter et, peut-être, une fois ou l’autre, leur donner l’un ou l’autre conseil ? La liste des questions et des “dons pas normaux” pourrait encore être bien longue …

Enseigner, c’est donner tout ce que l’on peut mais d’abord se donner soi-même, afin que la graine que nous sommes meure et qu’elle donne du bon fruit …

1 Isabelle Oleknovitch, Tu seras maître d’école, éd. La Cause, 2006

Enseigner, c’est garder le cap

Tel un marin, garder l’objectif de vue, quelles que soient les tempêtes que l’on rencontre.

Enseigner n’est pas un long fleuve tranquille, égal de jour en jour, dont on profite tout au long de sa vie.

Lorsque l’on a défini les objectifs – le cap – le travail ne fait que commencer. Tôt au tard, les circonstances, les difficultés, les imprévus et parfois d’excellents moments vont mettre à mal notre beau programme, notre voie bien droite tracée jusqu’à la destination.

Le rôle (ou plutôt un des rôles de l’enseignant), c’est de garder le cap. Il est, d’une certaine manière, le garant par monts et par vaux que l’objectif sera atteint. Cela nécessitera de sa part de nombreuses remises en questions, interrogations, corrections de trajectoire, …

Si l’enseignant perd de vue sa destination, qui pourra mener la classe à bon port ?

Enseigner, c’est discipliner

La discipline fait partie intégrante de l’enseignement : méthode de travail et corrections de trajectoire ne peuvent être évitées.

Souvent, lorsque l’on parle de discipline, les cheveux se hérissent sur la tête et l’on pense au fouet et aux enfants maltraités. Pourtant, il n’en est rien.

Il y a deux composantes dans la discipline :

  • une méthode de travail qui trace la route
  • une évaluation qui peut nécessiter une correction

Une méthode de travail : tracer la route

Lorsque l’on désire apprendre à jouer d’un instrument de musique, pratiquer un sport ou encore parler une nouvelle langue, il faut se mettre au travail. Travail et discipline vont de pair. Les efforts à fournir seront différents selon le but fixés mais ils sont nécessaires pour l’atteindre. Il s’agit d’une méthode de travail, d’exigences régulièrement répétées qui, au bout du compte, nous permettront d’arriver à l’objectif fixé.

Une évaluation et une correction : rester sur la route ou y retourner

Il est nécessaire d’évaluer nos élèves, non seulement en termes de points et de tests réussis mais également sur la trajectoire qu’ils prennent. Ils dovient savoir s’ils sont sur le droit chemin et c’est notre rôle de les conseiller avec sagesse. Nous devons les avertir et si nécessaire les enjoindre à changer de route s’ils sortent du chemin. Nous ne pouvons pas attendre qu’ils s’en rendent compte tout seul!

Enseigner, ce n’est pas seulement donner des informations, guider des apprentissages, c’est aussi tracer une route et veiller à ce que les enfants la suive. Cette route est exigence et nécessite des efforts. La vie n’est pas un long fleuve tranquille: l’enfant doit apprendre à Vivre dès son plus jeune âge.

Enseigner, c’est transmettre des connaissances et la sagesse

Découvrir, et faire découvrir. Seulement?

S’il est certain qu’il y a des données et des structures mentales que les enfants doivent se construire personnellement, il y a une somme de connaissances que nous avons reçues des générations précédentes et dont nous avons la responsabilité.Au niveau simplement sociologique, nous devons transmettre ce qui a fait notre personnalité, notre référence familiale, notre ville, culture, civilisation. Une génération sans passé est une génération errante et sans futur. Il faut des racines pour grandir: elles sont en partie ce que nous pouvons transmettre donner, communiquer, … à nos élèves.Il y a également une sagesse à transmettre : des connaissances ne font que remplir le cerveau, la transmission de la sagesse apprendra à l’enfant à vivre sainement dans la société.Notre enseignement ne doit pas se contenter de poser les bonnes questions aux élèves, il doit aussi être empreint de pistes de réponses aux questions que les élèves (se) posent.

Enseigner, c’est investir pour l’éternité

Un maillon dans une chaîne, une portée éternelle.

Enseigner n’est pas un acte qui se limite à notre passage sur terre. Tout le temps et toute l’énergie utilisés pour que chacun des enfants que nous enseignons trouvent leur voie et leur but dans la vie ne sont pas des investissements sur 70 ou 80 ans, mais ont une dimension éternelle. En effet, ce qu’un enfant influencera un autre, qui en influencera un autre, et ainsi de suite telle une chaîne sans fin.

Tout effort, don, conseil, … tout enseigne,ent n’est donc pas seulement limité à une durée de vie, mais a un potentiel bien plus large.

Enseigner, c’est permettre à l’enfant d’assembler les pièces d’un puzzle

Faire des liens, tisser une toile … bien réelle celle-là!

Pour former une image, plus ou moins complexe, à l’aide de pièces de puzzle, différents éléments doivent être réunis. Il faut au moins que l’ensemble des pièces soit en présence et que quelqu’un puisse les chercher, les trouver et les assembler.

Pour les matières scolaires, cette application se révèle assez simple à comprendre: l’enseignant doit permettre à l’élève de trouver les différents pièces  dont il a besoin afin qu’il puisse construire son puzzle. Ainsi, il lui présentera des moyens et des situations mais c’est l’élève qui devra construire ses représentations, plus ou mois correctement, à l’aide de ce qu’il aura découvert, digéré, déconstruit et reconstruit. Les représentations externes qu’il aura perçues devront être intériorisées.

Par exemple, concernant la lecture, l’enseignant lui proposera des activités permettant d’appréhender, selon la méthode utilisée, la construction ou la déconstruction des mots, mais il reste bien évident que l’enseignant ne peut pas donner le pack lecture tout fait à l’élève. C’est ce dernier qui devra apprendre à lire.

Enseigner, c’est développer et favoriser les échanges sociaux

Vivre ensemble comme un partage des richesses personnelles pour un enrichissement du groupe

La formation ne s’effectue pas seulement à partir de données, mais également à partir de rencontres, d’échanges, … à travers des personnes. Notre formation personnelle n’est pas indépendante des personnes qui ont croisé notre chemin à l’un ou à l’autre moment.

L’enseignant a donc pour mission de favoriser les échanges entre les élèves et avec d’autres intervenants. Il doit encourager les enfants à échanger sur différents thèmes, à percevoir des similitudes et des différences, à pouvoir se faire une opinion personnelle sur base de fondements solides.

En même temps, l’échange interpersonnel renvoie à l’importance de ce que l’on est plus de ce que l’on dit. Ainsi, l’enseignant formant l’enfant également par les échanges sociaux dans lesquels il est impliqué, sa manière d’être sera une source d’informations importante pour les enfants. Il doit donc y veiller avec soin.

Enseigner, c’est inculquer le respect des autorités par l’exemple

Est-ce que je respecte les autorités?

De notre temps, il est normal de remettre en question toute autorité, loi et règle. Tout est analysé, et la liberté de pensée (et donc d’action) définit les autorités, les lois et les règles auxquelles nous voulons bien nous soumettre.

“Ta vie parle tellement fort que je n’entends plus ce que tu dis.” nous explique un proverbe chinois. Il faudrait que notre vie d’enseignant – à n’importe quel niveau , dans la vie professionnelle et en dehors – soit un exemple de soumissions aux autorités directes ou indirectes, à commencer par notre direction, … . Ainsi, nos élèves auront un modèle juste, un exemple à suivre, et nous pourrons, le temps venu, leur inculquer la soumission aux autorités d’une manière qui parlera fort dans leur vie.

Enseigner, c’est donner des moyens d’apprendre

Il y a des données à apprendre et des chemins à montrer.

Les données et la connaissance s’étendent chaque jour. Si l’enseignant doit transmettre la connaissance des choses importantes, il doit également apprendre à apprendre : donner des outils, des cadres à remplir, … pour que l’enfant puisse avancer en toute sécurité dans les différents apprentissages qu’il fera.

Enseigner, c’est accorder une seconde chance à ses élèves

Le droit d’apprendre, c’est – aussi – le droit de faire des erreurs

Souvent, on dit qu’on apprend plus de ses erreurs que de ses réussites. Ce qui est vrai. Encore faut-il que le droit à l’erreur, et donc à la seconde chance soit plus qu’une supposition. L’enseignant, tant pour lui que pour ses élèves, doit donner le droit à une seconde chance, tant dans l’enseignement des compétences, que dans celui de la Vie. Combien d’élèves ne sont pas complètement inhibés, au point de ne pas oser faire quelque chose, à l’image de cette élève qui, un jour de septembre en première année (CP), avait effacé toutes les réponses de sa feuille, pour être sûre de ne pas avoir d’erreur.

Enseigner, c’est préparer pour la vie

Une vie pleine, qui vaut la peine – et le plaisir – d’être vécue

Enseigner, c’est permettre aux enfants de grandir et d’être prêts à entrer avec les outils et moyens nécessaires dans la vie active comme on dit souvent – comme si le temps d’apprentissage était une vie passive!

Pourtant, “la vie active”, c’est plus qu’avoir un métier et être capable de compléter un formulaire … Au-delà des compétences, enseigner, c’est aussi préparer à faire des choix, mais aussi à se poser les bonnes questions et à trouver des réponses convaincantes. Enseigner, c’est aider les enfants à trouver un sens à la vie et un sens à leur vie … afin que lorsqu’ils auront tous les outils en main, ils aient l’envie de les utiliser pour faire quelque chose de leur vie.

Enseigner, c’est créer une relation forte avec ses élèves

Pour une relation maitre – élèves qui soit aussi une relation de personne à personne

Tout enseignement est d’abord basé sur une relation de sécurité et d’amour entre l’enseignant(e) et l’élève. Pour que le message passe correctement, il est nécessaire que la relation soit réellement créée. Comme il est impossible de téléphoner à quelqu’un qui n’a pas de téléphone, il est très difficile d’enseigner quelqu’un avec qui nous n’avons pas créé de relation.

Convaincu de mettre les priorités au bon endroit, un réseau d’écoles américain donne les 6 premières semaines de l’année scolaire à l’enseignant uniquement pour qu’il puisse créer véritablement une relation avec chacun des élèves dont il aura la charge.

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