Une école “Park & Ride” ou “Start & Create” ?

Publié le 5 mai 2020
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Tôt ou tard, nous allons retourner à l’école. S’il y a du vrai dans le plus rien ne sera comme avant, ce n’est pas suffisant pour définir l’école que nous allons retrouver. Nous entendons beaucoup parler des gestes barrière, de l’apprentissage de l’hygiène spécifique au coronavirus ou plus basique… un peu comme si l’école retrouvait une de ses missions sanitaires d’origine.

Le week-end dernier,  dans son éditorial du Matin Dimanche, Ariane Dayer faisait mention d’une école « Park & Ride », qui permettrait de parquer les enfants pour que les parents puissent aller travailler et que l’économie puisse reprendre au moins un peu ses droits. 

Madame Amarelle, conseillère d’Etat vaudoise en charge de la formation du canton de Vaud parlait sur sa page Facebook d’une école qui devait reprendre « parce qu’elle est un rempart de civilisation essentiel pour les enfants et les jeunes ».

D’autres, philosophes en vue, hommes politiques de tous bords mais aussi citoyens lambda ont une position sur la pertinence ou l’absurdité de la reprise de l’école… Loin de moi l’envie de polémiquer et de monter les sphères de la société les unes contre les autres. Il y a plusieurs manières d’interpréter cette reprise de l’école, partielle puis plus entière… mais surtout, il y a une question qui nous appartient : Quel sens allons-nous donner à ce retour à l’école ? Qu’allons-nous y faire, comment, pourquoi ? Comment allons-nous incarner cette école, comment allons – faire – vivre la classe ?

Parce que ce retour à l’école n’est du tout pas un retour à l’école d’avant.

Une nouvelle prioritié d’apprentissages

Tout d’abord, chacun s’accorde à dire que la mission première de l’école est d’apprendre de nouveaux réflexes aux élèves : les gestes barrières.  Autant de nouvelles habitudes du vivre ensemble à généraliser pour qu’elles deviennent des réflexes. Ça ne va pas remplir nos journées mais c’est clair que ça va donner un rythme certain. 

En entrant en classe, je me lave les main… 20x avec un lavabo… comptez le temps qui passe. En sortant à la récréation, on recommence… 20x aussi. Retour de la récréation… encore 1x, enfin 20x… Si l’on compte qu’il faut au minimum 30 secondes pour se laver les mains, cela va quand même prendre une bonne dizaines de minutes chaque fois… 3x par matinée… lorsque les habitudes et les roulements seront bien mis en place. Ah oui, et puis il y a des classes sans lavabo, comme la mienne…

Et puis les distances… En Suisse, on a décidé que les enfants ne devaient pas être espacés de 2m les uns des autres… au plus grand soulagement des directions et enseignants, au dam de certains parents. Cela nous simplifiera un peu la tâche. Par contre, les 2m sont à prévoir dans les relations enfant-adulte et adulte-adulte. Autant que cela peut se faire. Donc plus d’enfants au bureau  de l’enseignant – en tout cas pas comme principe de retour pédagogique principal, plus d’enseignants qui se promènent régulièrement dans les rangs, … et un grand nombre d’autres situaitons à réapprendre que nous trouverons lorsque nous serons à nouveaux dans nos bâtiments désinfectés.

Une reformation du groupe

Après la joie de se revoir parce qu’on s’apprécie, les premières heures, voire les premiers jours chez les plus petits, vont être centrés sur ce retour en classe, sur le partage de l’expérience vécue, chacun de son côté, plus ou moins confiné avec tous les autres… Il y a en aura des choses à dire, à partager, à expliquer, à rassembler… Créer un projet commun pour donner un sens à moyen terme à ses retrouvailles peut être une bonne chose. Chez nous, on parle depuis le début de l’école à distance du Journal des confinés. Les idées ont fusés pendant toutes ces semaines, il s’agira maintenant de les mettre en forme. Cela promet de belles séances de rédaction !

De nouvelles formes d’enseignement prioritaires

Les mesures sanitaires étant la nouvelle priorité, ce sont elles qui vont donner le ton de nos pratiques pédagogiques.

  • Exit aussi le rassemblement cosy au fond de la classe sur les coussins ou le tapis pour le début de la semaine ou l’histoire du jour.
  • Exit l’enseignant qui passe régulièrement dans les rangs… mais pourquoi ne pas en profiter pour créer un système de tutorat, d’aide entre les élèves qui ont plus d’expertise dans un domaine et ceux qui ont plus de peine. Sachant que cela peut changer d’un domaine d’enseignement à un autre.
  • Exit l’enseignant girouette qui fait tout… les contacts avec les élèves doivent être espacés, ce sont donc eux qui relèvereront les documents et les distribueront… oui c’était déjà certainement le cas dans beaucoup de classes !
  • Exit les travaux de groupes, mettant les élèves trop longtemps dans une trop grande proximité… la distance des 2m ne doit pas être respectée tout le temps mais il ne faut quand même pas exagérer ! Au moins au début…
  • Par contre, l’enseignement à l’extérieur prend du gallon : moins de confinement, plus d’espace, moins de contacts proches… une solution rêvée, pour autant que l’on ait un espace vert près de l’école, parce que les transports publics ne sont pas recommandés… et que, selon la configuration de l’école, les collègues risquent de ne pas apprécier d’avoir du bruit dans la cour de récréation toute la journée.

Moins de contraintes

Un autre grand changement, c’est l’abandon des évaluations formelles. Exit les TS (travaux significatifs), TA (travaux assimilés), le nombre minimum d’évaluations pour chaque matière. Il faut terminer l’essentiel du programme – la Direction pédagogique nous a concocté quelques documents avec les éléments essentiels à traiter en priorité – mais on enseignera vraiment pour une acquisition de compétences et non plus sous la pression de l’évalaution qui doit être faite avant la fin du semestre. Quelle liberté retrouvée ! Quelle opportunité de création ! 

De nouvelles aptitudes

S’il faudra un peu de temps encore pour faire la synthèse des compétences spécifiques apprises par les élèves pendant d’enseignement à distance, ce serait dommage d’oublier tout ce qu’ils ont appris en matière d’autonomie – ou de débrouille – mais aussi les notions techniques. Outre le retour en classe du vécu à la maison, il serait intéressant de faire les liste des aptitudes – et difficultés – que les élèves ont rencontrées dans le domaine des MITIC et, pourquoi pas, continuer de les utiliser, les formaliser, les approfondir.

En attendant l’expérience vécue…

Alors, puisque nous devons retourner en classe, transformons-la en un nouveau départ, donnons-lui une nouvelle impulsion pour ces 8 semaines plus ou moins, créons quelque chose de nouveau !

Start & Create !

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