Lorsque l'on reprend une classe, il y a un - nouvel - équilibre à mettre en place. Ensuite, les choses s'installent petit à petit, plus ou moins rapidement. Après quelques mois, les choses ont évolué. Mais dans quel sens? 5 mois plus tard, c'est le temps d'un premier bilan et, si nécessaire, de réajustements appropriés.

Pour organiser un groupe, on passe par la discussion et la mise en place de principes de vie qui sont nécessaires tant à la vie du groupe qu'à l'atteinte de ses objectifs. Dans une classe, il faut donc des principes qui permettent de vivre ensemble et d'apprendre dans de bonnes conditions. Ces principes peuvent passer par l'instauration de règles - les 10 ou 11 commandements de la classe par exemple - qui permettront de vérifier concrètement que les principes sont appliqués et donc que la qualité de vie est maintenue. Il est à noter que ce passage du principe à la règle n'est pas obligatoire. Dans notre cas, j'ai préféré laisser les principes comme données importantes, chaque comportement étant évalué à la lumière de ceux-ci. Seuls les devoirs (les leçons) et la bavardage sont évalués en tant que tels.

Il est bon de se rappeler de temps en temps d'où viennent ces principes et ces règles : ils n'ont pas été instaurés pour eux-mêmes - comme une performance pour elle-même - il s'agit d'un outil pour atteindre autre chose. Il en va de même dans beaucoup de sphères de la société. On instaure des outils afin d'obtenir des résultats : on construit des usines pour construire des téléviseurs, on utilise des tournevis pour réparer des meubles, et des ordinateurs pour imprimer les factures. Usine, tournevis et ordinateurs sont des outils - certes nécessaires -  mais ne sont pas des finalités en soi. Le jour où ils pourront être remplacés par autre chose, ils le seront, l'objectif étant le produit fini et non l'outil.

Dans la discipline - scolaire ou non - on peut rapidement dévier de la trajectoire, et passer son focus de la finalité ou moyen, faire respecter la règle pour la règle, même si son non respect ne péjore en rien l'objectif attendu. Ainsi, on pourrait réprimander un élève qui se déplacerait en classe, alors qu'il le ferait pour aider un élève en difficulté : le principe n'est pas respcté mais l'objectif du travail de qualité l'est ; il en va de même avec un élève qui discute en classe ... pour expliquer une consigne à un élève qui était absent lorsque l'activité a été lancée. Si le moyen devient une discipline en elle-même, beaucoup de glissements sont à prévoir, avec comme première conséquence, une grande perte de vie, de dynamique et d'autonomie.

Mais le risque est plus grand : lorsque la règle vaut pour elle-même, le danger d'une scission du groupe est grand.

  • Une partie du groupe va se rebeller contre cette logique absurde, qui décentralise l'objectif de la finalité vers le moyen.
  • Une autre partie du groupe, généralement celle qui applique au mieux les règles, va se poser de plus en plus en juge, comprenant qu'en respectant les règles - ce qui ne lui coûte pas toujours beaucoup - on peut obtenir des grâces et des privilèges particuliers.

Cela est autant vrai de manière très visible pour des élèves, que pour des adultes de manière plus détournée.

Il est nécessaire de gérer la classe, de promouvoir des principes qui permettent de vivre ensemble et d'atteindre les objectifs. Par contre, régler sa classe, c'est-à-dire légiférer sur tout ce qui doit ou ne peut pas se produire est malsain. La classe n'est pas un ordinateur ou un ensemble de machines qu'il faut programmer, c'est un groupe d'humains qui doivent apprendre à vivre et à fonctionner ensemble.

Il est donc toujours bon de réévaluer son action et le pourquoi de celle-ci, de remettre devant nous et devant nos élèves les objecitfs réels et les moyens d'y parvenir. C'est ce que je vais faire demain en classe.