Tirer les élèves ... malgré eux, ou les accompagner alors qu'ils ont décidé d'aller de l'avant?

La réponse pourrait paraître simple et, si c'était effectivement le cas, elle ne ferait pas l'objet d'un billet dans mes réflexions.

Bien sûr, accompagner un élève qui en veut - voir le billet Quand les enfants se prennent en main - est une tâche aisée, passionnante et presque toujours porteuse de succès. Pourtant, s'en tenir là conduirait à abandonner une bonne partie de la classe ... ou à se remettre en question chaque fois qu'un enfant semble ne pas être intéressé. Comme le dit très bien Philippe Meirieu, la question n'est pas de savoir s'il faut travailler pour être motivé ou s'il faut être motiver pour travailler ... L'équilibre est la réponse à cette question.

L'enseignant se retrouve donc plus souvent que désiré à tirer des élèves ... pas forcément contre leur gré et la plupart du temps pour leur bien. Mais quel résultat à cet acharnement pédagogique?

Pour beaucoup, il y a un plus incontestable, sur le moment et peut-être même plus longtemps. Pour certains, un réel déclic peut se produire et l'enfant, de tirer deviendra demandeur et passera dans le camp des accompagnés. Et puis restent les réfractaires, ceux qui pour des raisons multiples et diverses, ne répondront pas aux tentatives, parce qu'ils ne le veulent pas ou parce qu'ils ne le peuvent pas. Combien d'enfants de 10-12 ans ne vivent pas déjà une vie tellement compliquée que l'école est un fardeau déjà trop lourd?

A accompagner seulement les enfants, il y a le risque de ne pas avoir tout le monde dans le train. Mais à vouloir trop tirer, il y a le risque de faire chauffer le moteur: celui de l'enseignant parce que l'effort est bien réel, celui de l'élève parce qu'il est entrainé à une vitesse trop élevée pour lui et parce que son moteur tourne à trop haut régime.

L'enseignant doit donc mesurer - avec des éléments oh combien non étalonnables - l'effort qu'un enfant peut fournir et fixer, dans la progression désirée et demandée, des objectifs faisables. C'est beau et louable, mais tellement difficile à mettre en place quand on aimerait tirer le meilleur de tous les enfants!